Rivières
(Pour Nahalie N.)
Les grands gars peuvent être fragiles,
Comme les petits gars, se penser forts.
Il peuvent être incertains,
Et pourtant se sentir infaillibles.
Ils sont rivières.
Ils aiment se faire du cinéma, des fois.
Ils ont aussi besoin, sans même le savoir,
De ne rien oublier de leur réalité.
Ils bougent. Ils changent.
Ils sont rivières.
Ces grands enfants ne savent pas toujours
Comment aimer, et aussi le dire.
Ils sont maladroits à regarder et approcher
Ces filles si belles mais si différentes de leur monde.
Et quand ils ne savent pas, et quand ils en ont besoin,
Ils savent fuir un peu, se faire silencieux et mystérieux.
Ils savent si bien se défiler.
Comme les rivières.
Et ainsi mon eau peut être douce et caressante,
Elle peut couler en rapides ou quelquefois ralentir.
Elle charrie avec elle les traces de ses amonts
Mais elle n’arrêtera jamais, si ce n’est
qu’arrivée au fleuve.
J’aime et je respire comme va une rivière.
Je ne connais qu’une direction, un mouvement.
Je bouge, je change.
Je suis rivière.
Et mon eau, chaude ou tiède,
Ne suit qu’un cours, un lit.
Elle contourne les barrages, se rit des obstacles.
Elle est primesautière et
joueuse.
Elle a besoin de ce mouvement pour continuer.
Elle ne peut trop s’attarder à tel recoin de la forêt
Mais elle n’a pas de secrets quand on suit son parcours
En marchant à côté ou en se laissant porter.
Et
puis, en fin de compte, quand on en sort, de la rivière,
Ne garde-t-on pas le goût de l’eau sur les
lèvres
Ainsi que les gouttes qui perlent sur la peau ?
Et ne sait-on pas où la retrouver ?
Je suis à jamais rivière.
(Éric Messier ©)