CHAPITRE 16

CHEOPS ET COMPAGNIE (mi-mai)


"Du haut de ces pyramides, Obélix, vingt siècles nous contemplent."
(Panoramix, dans Astérix et Cléôpatre) 

 
Le retour de Sharm-el-Sheik s’est très bien passé, encore dans le grand confort. Je me détends. Je continue d’être un peu surpris que l’on puisse voyager avec une telle tranquillité d’esprit dans ce pays qui a connu sa part de troubles, surtout récemment. J’aurais juste voulu qu’on m’explique pourquoi le retour est 50 livres (25 $) alors qu’il n’en coûte que 25 livres pour l'aller. Il est vrai que le tourisme est le premier secteur économique de l’Égypte...

La chaleur commence à s’intensifier dans le secteur, faudra penser à filer en Grèce bientôt.

Les célèbres tombeaux des pharaons Cheops, Kephrem et Mykerinos  se portent plutôt bien malgré leurs 40 siècles. Ils n’ont pas bougé...  Contrairement à ce qu’on peut imaginer, ils ne sont pas situés au loin dans le désert, mais tout près du Caire. Parions qu’on pourra y aller avant longtemps à bord du nouveau métro de la ville, propre, fonctionnel et cheap (25 cents) mais qui ne compte pour l’instant qu’une quinzaine de stations sur une ligne unique.

On reste étonné de voir apparaître le pic des deux grandes pyramides au-dessus des édifices résidentiels en construction du quartier de Gizeh. La magie souffre de ce contraste frappant. Nous louons chameaux et chevaux. Le temps est magnifique. On galope autour des impressionnantes constructions. Franchement très amusant!  Même notre jeune guide, pourtant habitué, s’amuse ferme.  Un grand petit moment inoubliable.

Car on a beau être le zillionième visiteur de ces merveilles du monde antique, on est quand même très ému. Surtout que ce jour-là, un calme plutôt étonnant règne autour des pyramides et du Sphinx, leur non moins célèbre gardien. On s’y croirait, à l’époque, si ce n’était d’un autobus de touristes qui s’amène.  Le Sphinx  est en grande forme. On vient de finir de lui " remonter le visage ", un face-lift qui a demandé une décennie de travail mais dont le résultat est un succès tout à fait éclatant.

Ça devait être beaucoup moins amusant, cependant, pour les milliers d’esclaves qui ont donné leur vie à construire les tombeaux. Trente ans chacun. Les pyramides n’ont pas été construites par des extraterrestres mais par des humains. On imagine leur misère, surtout que le Nil, sur lequel voyageaient les énormes blocs de granit provenant de la vallée au sud, n’est pas tout à fait à proximité.

La grande pyramide de Cheops est fermée pour quelques temps. Rénovations. Problèmes de plomberie, un truc comme ça. Nous nous rabattons sur la deuxième, celle de Kephrem.  Le site entier est toujours la principale vache-à-lait touristique du pays, bien sûr. Merveille du monde ou non, faut vivre. Heureusement, il n’y a que peu de touristes à cette époque de l’année.

N’empêche qu’il y a une petite file d’attente au guichet qui vend les billets à 10 $ pièce à l’entrée même de la pyramide. Claustrophobes, s’abstenir, pas de blague. On descend un premier couloir, accroupis, pendant quelques minutes. Puis un second couloir, droit cette fois, et nous sommes debout. Finalement, nous montons dans un troisième couloir, accroupis à nouveau, jusqu’à la salle du tombeau. Nous sommes exactement au centre tridimensionnel de la pyramide.

Il fait chaud et humide, nous circulons en deux rangs allant et venant dans les couloirs. J’insiste, claustrophobes: n’y songez même pas. Moi-même, c’est avec un grand soulagement que je suis revenu à l’air libre.

Après tout, c'est un tombeau, pas un condo. 
Je ne suis pas encore prêt à me faire mettre en sarcophage.